Tuesday, March 10, 2009

Les Pirates c’est Comme les Cowboys

Ce week-end sur Facebook, j’ai pris part à un débat animé sur le wall de Michelle Blanc où il était question de P2P, BitTorrent et l’impact de ces technologies sur l’industrie de l’audio-visuel, notamment la télévision (pour ceux qui s'en souviennent).

Si j’ai réagit, c’est pour « troller » (dans la vie comme dans le Web, déconner est vital) et taquiner les ardeurs des participants qui en dedans de 20 minutes avaient déjà posté plus de 5 ressources pour pirater des saisons entières d'émissions de télé en ligne.

En qualité de troll et d'ex-diplômé du programme de communications profil télévision à l’UQAM, j’en ai aussi profité pour partager mes impressions sur cette pratique controversée.

Vais devoir apprendre Bit Torrent pour télécharger la saison 5 de Lost


Alors la morale...


La morale c’est que c’est ne pas éthique d’encourager directement ou indirectement une culture qui fait l’apologie de la délinquance !


La grande majorité du contenu disponible sur le Web est d’origine illégale donc sa libre dissémination exponentielle, grâce notamment aux P2P, se fait, dans tous les cas, sans le consentement de ses auteurs :

« Le code de la propriété intellectuelle ne concerne donc les artistes qu’en tant qu’ils sont auteurs. La différence mérite d’être soulignée : un auteur est celui qui a autorité sur une œuvre. Le droit moderne considère ainsi que l’œuvre est et demeure indissociable de l’esprit qui l’a fait naître, à tel point qu’on ne saurait détruire ce lien sans contrevenir au droit. » De la dissémination de la musique (part. I)

Si les auteurs de la télé veulent vous donner gratuitement leur contenu en guise de manoeuvre promotionnelle, c’est leur DROIT. Si vous consommez leur contenu sans leur consentement, c'est votre CHOIX de contrevenir à leur droit de disposer de leur propriété intellectuelle comme bon leur semble.

Ces auteurs, bailleurs de fonds et ayant-droits sont les mêmes personnes qui financent les shows télé dont nous aimons tous tant nous gaver, et ultimement les personnes qui ont le dernier mot sur les stratégies de distribution et commercialisation de ces créations.


On a souvent recours à des métaphores pour simplifier des problèmes complexes, nous déresponsabiliser de leur trouver des solutions, refuser d'admettre qu'on contribue au problème ou simplement justifier le fait qu'on n'a aucune expérience concrète dans un domaine qui nous est inconnu:

S’il n’y a pas d’autre moyen que l’illégalité d’obtenir un produit ou service qui devrait être disponible légalement, à qui la faute? C’est comme si je prenais l’automobile. En voulant aller à destination, un imbécile me bloque la voie. Pour me rendre à destination il faut commettre une manœuvre illégale pour contourner la voie. L’autre option est de ne pas se rendre à destination. En plus, l’imbécile qui n’est pas un policier dit qu’on ne peut contourner la voie parce que c’est illégal. Que fait-on? On écoute l’imbécile ou on se rend à destination?

Piquer, c'est voler. Refuser ce fait: c'est du déni.

Désolé de casser votre party la gang, mais les émissions que vous téléchargez sur BitTorrent sont à l’origine de produits de consommation que des capitalistes comme vous et moi essaient de rentabiliser par des stratégies de commercialisation imparfaites, confrontées à des contraintes au sein de réalités inconnues pour la plupart d'entre nous.

Écouter Lost, Desperate House Wifes ou Heroes n’est pas un droit garanti par la Charte Universelle des Droits de l’Homme. À n'entendre commenter les pamphlétaires les plus passionnées sur leurs tribunes, tout internaute a le DROIT de pirater un produit ou service qui n’est pas ou n’est pas encore disponible sur le Web, plus encore si on lui nie ce droit on le victimise!

Selon cette logique tordue, il serait complètement décent de prendre le billet d’un bloguer célèbre, le traduire en italien et le republier sur un blog lu par 10 000 internautes italiens affamés de lire ce fameux bloggeur dans leur langue natale?

À qui la faute? Au bloguer en question bien sûr pour n’avoir pas pensé à traduire ses billets en italien! Lui a t'on demandé s'il voulait être lu en Italie? C'est pas important.

De mon point vue, télécharger des fichiers sur BitTorrent n’est pas un DROIT mais plutôt un CHOIX rendu possible par des technologies fabuleuses dont l'effet pervers est de créer un système de distribution parallèle en frange de la légalité qui ne desert pas toujours les intérêts des auteurs:

Allez vous toujours revoir au cinéma les films que vous téléchargez? Vous relouez et rachetez toujours les coffrets DVD des shows télé que vous téléchargez sur BitTorrent?

L'industrie de la télé peine à suivre la cadence imposée par le Web. Les nouvelles opportunités sont nombreuses mais les matérialiser ne se fait pas en criant ciseaux. Mais on y arrive, pas aussi vite que les "early adaptors" le voudraient; but we are getting there... Sans doute les auteurs devraient-t-il travailler plus étroitement avec les "bons" pirates pour en faire des "lighthouse customers" des testeurs engagés de leurs produits et services en développement. Sans doute.


Parallèlement, les internautes s’impatientent, extasiés par pouvoir et le contrôle que leur procure le Web, plusieurs voyant dans la délinquance le seule voie possible pour signifier à une industrie en pleine mutation son incapacité à s’adapter rapidement aux nouvelles réalités du marché.

Reste que faisant cavalier seul, les "bons" pirates se prennent pour les "early adaptors" de betas qui n'existent même pas, évoluant en marge de la logique commerciale des produits et services qu'ils voudraient réinventer. J'aimerais bien les voir supporter avec le même dynamisme les initiatives Web Télé existantes au lieu de les entendre chialer tout le temps!

Le phénomène "peer-to-peer", à l’heure actuelle, est comme l’Hydre de Lerne; une créature fabuleuse, tentaculaire, qu’un champion Herculéen devra terrasser pour régénérer le paysage médiatique.

Somme toute une monstruosité que l'on devra vaincre tôt au tard.


Pensée de la fin: La distribution de contenus télé par P2P en c’est moment me fait beaucoup penser au Far West; soit un vaste territoire à coloniser évoluant dans l’attente qu’un shérif vertueux vienne le pacifier, un no-man's land où tout est permis, pris d’assaut par une razzia de hors-la-loi dictant la loi dans le chaos ambiant, prêts à tout pour toucher le magot!

Ça ne vous rappelle pas un bon film connu ça?




Espérons seulement que lorsque la caravane télé aura finalement fait le virage Web tant attendu, il restera plus de bons que des brutes et des truands sur Sad Hill. Que les pistoleros raccrocheront leurs colts et qu'on arrivera à trancher la tête centrale de L'Hydre de Lerne le temps venu.

Car sans la pub, le pay-per-view et l'audimat pour financer tout ça il restera de moins en moins d’argent pour produire ces merveilleux shows télé (américains) dont nous sommes tous si friands aux 4 coins de la planète Web!

Lectures recommandées:

La loi Hadopi sur le téléchargement de musique peut-elle réussir ?

Les limites de l'Hadopi

Les avatars pirates


2 comments:

azatiko said...

Intéressant. Mais chose certaine, tu te lances dans une position difficile. C'est un peu comme d'imaginer un village médiéval où tous les hommes auraient accès à une richesse infinie aux dépends d'un seul (le pauvre) mais où le prince (entendre la loi) leur demanderait de ne pas utiliser cette richesse pour que tous soient également pauvres.

Encore ici, on est dans un débat entre une éthique de principes vs une éthique de conséquences. Voilà pourquoi, il est très difficile de convaincre quelqu'un qui n'a pas peur d'être pris qu'il doit agir selon un code.

Sébastien said...

C'est avant tout un débat commercial. L'art n'y est pour rien, ou presque. Ceux qui réclament des droits d'auteurs se prétendent créateurs, mais qui l'est vraiment?

Autre chose. Dans la Grèce Antique, les voleurs avaient un dieu pour eux tous seuls : Apollon. Apollon, dieux des arts. Ce que les grecs réprouvaient dans le vol, c'était avant tout le déshonneur qu'entraînait le fait de se faire prendre. Voler, en un mot, c'est pas beau. Mais ce qui est laid dans le vol, c'est surtout le petit vol, le vol mesquin et facile qu'il y a au bout du clic. Tout cela, du reste, demeure assez bénin, puisque les artistes finissent toujours par tirer parti de ce petit racket. Ça leur donne une plus grande diffusion.

Je sais bien que les artistes ont besoin de fric pour vivre, mais se lancer dans les arts pour faire du fric, c'est au moins une très mauvaise idée. Ce que les artistes veulent avant tout, c'est d'être vus, lus et écoutés. Après ça, tout le monde se plaint de manquer d'argent...